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Parlons donc du continuum linguistique

 

Amusant, cette façon de vouloir se « catégoriser » : « Moi, je parle le francique rhénan », « Je suis de la région de Boulay ; chez moi, c'est du francique mosellan. ». « Nous ici, affirmera-t-on du côté d'Apach, nous parlons le francique luxembourgeois et le francique luxembourgeois, ça n'a rien a voir avec l'allemand ». Chez nos amis alsaciens c'est pareil : du sud au nord on parle différentes formes d'alémanique et même du francique tout au nord. Et tout cela on l'appelle « alsacien ». D'ailleurs le terme francique peut aussi porter à discussion. Mais il a au moins un avantage : celui de donner un nom à cette langue régionale qu'officiellement on persiste à vouloir à « désidentifier » en la nommant « langues régionales des pays mosellans » – au pluriel.

 

Et puis, pour mieux caractériser ces nuances on a tracé des limites, des frontières. Prenons celle par laquelle on veut séparer « francique rhénan » et francique mosellan » : la fameuse dat/das Linie. Bien sûr, si on veut la trouver, on peut la tracer avec quelque précision. Mais elle n'est qu'une convention. Les scientifiques, les linguistes aiment, ont besoin de distinguer, cataloguer, caractériser, catégoriser, chercher des points pertinents. On a donc décidé à un moment donné que la limite entre les deux variantes serait cette fameuse ligne dat/das. Mais à y regarder de plus près, des lignes de séparation phonologiques, des isoglosses, il y en a de multiples et elles zèbrent notre région dans tous les sens. Ainsi on peut distinguer les secteurs où l'on dit : « Haus », de ceux où on dit « Huss » ou même « Hüs », les endroits où on dit « Ou » pour Oeil de ceux où on dit « Au », les endroits où on passe de « blieben » à « bliewen », cette région où on prononce les nasales à la française. Et bien d'autres encore. Ceci pour ne parler que des frontières phonologiques ; il y en a aussi de lexicales : p. ex : schwätzen, redde...

 

Les détracteurs des dialectes se sont abondamment servi de l'argument qui consistait à dire que se côtoyaient de multiples formes de dialecte, que même l'intercommunication n'était pas assurée entre les extrêmes pour les dénigrer, en demander l'éradication. En effet, quelle utilité a une langue qui n'assure pas l'intercommunication à l'intérieur d'un groupe et comment assurer la transmission d'une telle langue dans l'enseignement ? En réalité ces « variabilités phonologiques » sont le propre de toutes les langues d'usage, les langues de communication, les langues « vivantes », qu'elles connaissent d'ailleurs une forme écrite ou non. Et le français, dont on vante l'unicité, n'en est pas exempt. Considérons la grande richesse des accents, la multiplicité des réalisations phonétiques de certains sons sur notre territoire : ils en sont l'exemple.

 

A ces frontières linguistiques, ces catégories qui délimiteraient des domaines je préfère de loin la notion de continuum. Le continuum caractérise mieux la réalité, il décrit la progressivité dans les nuances, il génère l'unité.

 

Ainsi dans notre Moselle thioise, c'est un seule langue qui se développe du sud-est du département (en fait il faut y ajouter le nord de l'Alsace) au nord-ouest : des parlers qui font partie de la famille des moyens-allemands (Mitteldeutsch). Mais me direz vous : « un Bitscherlänner qui parle le Bitscherlänner et un habitant du pays des trois frontières qui parle le luxembourgeois ne se comprennent pas ! » Et alors ! Avez-vous déjà entendu un Marseillais, un vrai, qui parle avec cette manière proprement marseillaise : si vous comprenez ce qu'il vous dit, vous êtes fort ! Et pourtant c'est bien du français, ce qu'il parle. « Ah ! me direz vous encore : on le sait bien, un bavarois qui parle l'allemand supérieur et un hambourgeois qui parle le bas-allemand sont à mille lieues de comprendre ce que dit l'autre ». Croyez m'en : ils parlent tous deux l'allemand.

 

Cette notion naturelle de continuum crée ainsi la richesse d'une langue, mais aussi son unité.

Et dans notre région ces continuum ont une saveur particulière. Comme le montrait le Professeur Hudlett (Charte de la graphie harmonisée des parlers franciques -Platt- de la Moselle germanophone - 2004), nous ne nous situons pas dans une réalité proprement mosellane septentrionale. Les langues allemandes en France se développent du Sud de l'Alsace au nord de la Moselle et les linguistes savent parfaitement décrire cette continuité qui va de l'allemand supérieur au moyen allemand. Si nous voyagions d‘Augsburg à Mayence, nous aurions la même forme de continuité.

 

La cohérence morphologique, syntaxique, lexicale de ces dialectes est une évidence. Il n'y a que la cohérence phonologique qui peut prêter à discussion. Mais en fait la linguistique a vite fait de démonter les arguments qui pourraient contester l'unicité de toutes ces langues dans ce domaine aussi.

 

Autre continuum dans lequel nous nous trouvons : celui qui va du sud au nord. Bien sûr, au sud la frontière linguistique qui délimite le domaine roman et le domaine germanique brise toute forme de continuum. Mais vers le nord les réalités linguistiques se jouent de la frontière politique. Quand je me rends à Lauterbach acheter du pain, je l'entends ce dialecte qui est aussi le mien. Je me garde bien d'ailleurs de parler en Hochdeutsch : « ich wott dò nùr ùfféllen ».

 

Nous nous situons dans cette grande aire des Moyens-allemands qui traversent tout le domaine des langues allemandes du sud-ouest au nord-est, de Sarrebourg et Faulquemont jusqu'en Thuringe et en Saxe en traversant le Rhin. Cette immense bande qui fait le lien entre les extrêmes : les allemands supérieurs d'Allemagne du sud, d'Autriche et de Suisse et les bas-allemands de la Mer du Nord à la Baltique. Oui, nous participons à cette grande continuité qui caractérise les langues allemandes de la famille germanique.

 

Continuum encore. On le sait : c'est en se fondant en partie sur ces allemands-moyens que Luther a conçu l'allemand standard, appelé aussi Hochdeutsch. Je me suis souvent amusé à relever les similitudes de « mon » dialecte mosellan avec l'allemand standard, la proximité morphologique, syntaxique, lexicale mais aussi phonologique. Amusante cette capacité qu'avaient les musiciens de mon orchestre -qui n'avaient jamais fait d'allemand à l'école- de s'exprimer dans un Hochdeutsch de grande qualité. C'est vrai qu'on lisait tout naturellement France-Journal quand il existait encore, qu'on regarde fréquemment encore aujourd'hui les chaines de télé allemandes, qu'on écoute les radios allemandes. Pour tous ces gens le lien est évident : « mir schwätzen Ditsch ! ». Ce continuum là existe donc, il n'est pas négligeable et devrait nous inciter à le valoriser.

 

Armand ZIMMER

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