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Des réactions et des actions : de la sidération à la colère

Une certification obligatoire en anglais catastrophique pour l’Alsace et la Moselle

Episode 1 – La sidération

Septembre 2019. Tout commence le 26 septembre, suite à la publication du dossier de presse du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Le Premier Ministre annonce son intention de conditionner la délivrance de la Licence, du DU et du BTS à la passation d’une certification obligatoire en anglais (évaluée par un organisme extérieur). Il faut naturellement y voir une mesure incitative en faveur de l’apprentissage de l’anglais, et donc au détriment de l’apprentissage de l’allemand, nombre de filières universitaires étant mono-linguistiques. Non seulement la décision gouvernementale menace d’assécher le vivier déjà maigre des étudiants germanistes, mais en plus, elle s’impose comme une véritable atteinte à l’identité des Alsaciens et des Mosellans et retentit comme un sombre présage pour les trois départements frontaliers dont l’économie est très largement tributaire des compétences linguistiques de la population locale.

Octobre 2019. Les acteurs de la communauté universitaire manifestent des élans de protestation sur la toile (communiqués d’associations nationales ou de conférences de doyens, pétition diligentée par des syndicats ou par des collectifs divers…). A ce moment-là, le cas de la langue allemande n’est pas spécifié et personne ne s’indigne du non-respect des articles 10 et 15 du Traité d’Aix-la-Chapelle. Laurent Garcia, Député de la Meurthe-et-Moselle, écrira à la Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, afin de relayer l’inquiétude des universitaires.

Novembre 2019. Une première alerte est alors lancée en direction des associations alsaciennes et mosellanes de défense du bilinguisme franco-allemand, mais aussi de François Grosdidier, Sénateur de la Moselle, et de Céleste Lett, Président de la Fédération des Maires de la Moselle. De nouveaux billets apparaîtront alors sur la toile. L’opportunité se présentant, le Recteur de l’académie de Nancy-Metz est interpellé lors d’une rencontre académique ; le haut fonctionnaire se dira « sensibilisé ».

Décembre 2019. L'article 12 de l'arrêté du 6 décembre 2019 confirme la volonté gouvernementale de conforter la place de la langue anglaise dans les licences professionnelles. Différentes actions sont immédiatement conduites : relance des premiers interlocuteurs, rencontre avec Nicole Trisse, députée de la 5ème circonscription de la Moselle, et sollicitation auprès de Jean-Claude Cunat, vice-président du conseil départemental, d’un rendez-vous avec le Président du département de la Moselle. Afin de faciliter l’émergence d’initiatives mais aussi de fluidifier la circulation des informations, des notes sont régulièrement rédigées à l’intention de décideurs locaux. Plusieurs associations, comme Culture et Bilinguisme de Lorraine, s’engagent aussi à diffuser des messages d’alerte en direction de la presse et des responsables politiques. Seuls quatre parlementaires interpelleront le gouvernement : François Grosdidier (57), Antoine Herth (67), Éric Straumann (68) et Nicole Trisse (57). Finalement tout déçoit : les médias ne coopèrent pas, les élu.e.s réagissent peu…

Janvier - Février 2020. L’association Alsace + Moselle et la fédération des langues régionales multiplient les initiatives en direction des élus français, mais aussi allemands. Un courrier est même envoyé au Président du Bundestag. Malheureusement, peu de réponses sont réceptionnées, et, lorsqu’elles le sont, elles se révèlent souvent décevantes. La plus belle étude de cas est celle apportée par le député Christophe Arend : l’élu expliquera en effet son refus d’intervention au motif que « l'allemand et l'anglais ne doivent pas être en concurrence, mais doivent être complémentaires. Les opposer serait contre-productif ». Le conseil de développement du Pays de Sarreguemines Bitche s’attache, quant à lui, à diffuser sur tout le territoire national un message d’alerte à destination des défenseurs des langues régionales. Ce sera malheureusement un nouvel échec. Dans le monde académique, la communauté universitaire peine également à se mobiliser. Une collègue alsacienne explique que de nombreux combats (réforme des retraites, loi de programmation pluriannuelle de la recherche, réforme de la formation des enseignants…) sont déjà engagés dans les universités françaises, et que toute opération s’avère peine perdue face à un gouvernement atteint de surdité. Grâce à Patrick Kleinclaus, ancien chargé de mission Bilinguisme et Langue régionale au Conseil général du Haut-Rhin, un retour des présidents des universités alsaciennes est rendu possible : la Conférence des Présidents d’Université (CPU) ne s’engagera pas dans un combat perdu d’avance.

Durant cette même période, les défenseurs du bilinguisme mesurent avec stupéfaction combien les déclarations du Premier Ministre sont restées inaperçues : ni les inspections, ni la région ne connaissent les textes récriminés. Suite à un tel constat, une nouvelle opération est lancée pour encore une fois fluidifier la circulation des informations. La Région ambitionnera de fédérer les départements pour une action commune.

Vous l’avez compris, les soutiens politiques sont encore rares, mais, au fil des jours et des appels, ils deviennent pourtant de plus en plus présents. Désormais, Jean-Luc Reitzer, député du Haut-Rhin, et Céleste Lett, président de la fédération des maires de la Moselle, ont rejoint le combat. Les premiers articles de presse paraissent. La rencontre avec Patrick Weiten, Président du département de la Moselle, a bien lieu et donne ample satisfaction tant les échanges sont fluides et fructueux.

Si ce premier épisode s’achève avec de nouvelles perspectives d’actions grâce au soutien du cercle européen Pierre Werner du Luxembourg, force est de constater que les avancées sont bien trop timides pour pouvoir espérer un fléchissement de la décision gouvernementale.

 

Episode 2 – La colère

 

Mars 2020. Un autre sujet d’actualité s’impose peu à peu. Les temps deviennent troublés. Les Français comprennent qu’il y avait « un avant » et qu’il y aura « un après ». Continuer à mobiliser les élus politiques désormais engagés à temps complet contre la propagation de la pandémie de Covid-19, relève désormais de l’indécence. Tout s’arrête.

Avril-Mai 2020. L’arrêté et le décret du 3 avril portant sur la suprématie de l’anglais dans toutes les filières de l’enseignement supérieur dégagent soudainement une odeur morbide. Le ressenti des acteurs de la région Grand Est devient indescriptible. Le maire d’une commune du pays messin s’exclamera « Mais quelle mouche a bien pu les piquer ?», et j’ajouterais, « pour imposer un texte contesté au moment même où les territoires les plus concernés sont aussi les plus en souffrance. »

A ce moment-là, tout repart avec une nouvelle intensité. L’Alsace devient plus offensive : le député Patrick Hetzel prend les rênes et rédige une résolution qui est signée par treize parlementaires alsaciens. La journaliste Florence Grandon de la chaîne télévisée France 3 Alsace compose un reportage très complet. Mobilisée, la Lorraine souhaite s’associer à la démarche des parlementaires alsaciens. Finalement, un groupe de dix parlementaires lorrains, représentatif d’une large palette de sensibilités politiques, se fédère autour du député Fabien Di Filippo pour l’envoi d’une lettre à l’intention du Premier Ministre. De multiples initiatives individuelles et collectives s’enchaînent : de nouveaux visages apparaissent et, avec eux, de nouveaux communiqués de presse. Les informations sont re-dirigées vers les personnalités politiques restées en observation sur le banc de touche. Certains élu.e.s parviennent alors à se repositionner. Le meilleur exemple est encore apporté par le député Christophe Arend, également Président du bureau français de l’assemblée parlementaire franco-allemande : entre le 16 janvier et le 3 mars, l’homme politique reconsidère son positionnement pour enfin adopter, durant le mois d’avril, une posture franchement plus offensive. Si les circonscriptions législatives alsaciennes et mosellanes n’ont pu s’entendre pour œuvrer ensemble, la région et les départements ne feront pas mieux : les Présidents des conseils départementaux des Bas- et Haut-Rhin s’accordent pour une action commune, le Président de la région Grand Est rédige sa propre missive, tandis que le Président du conseil départemental de la Moselle ne répond plus aux appels – à la date d’aujourd’hui, on ignore si une opération a été conduite par Monsieur Weiten.

De tout ceci, émergent plusieurs stratégies :

  • défendre une mesure spécifique à la région Grand Est en faveur d’une certification en anglais ou en allemand, en s’appuyant sur le traité d’Aix-la-Chapelle,

  • défendre une certification dans une langue vivante étrangère au choix,

  • défendre une certification dans une langue vivante au choix,

  • défendre la certification de compétences en langues de l’enseignement supérieur (CLES) et appeler à l’abrogation pure et simple de l’arrêté et du décret du 3 avril.

Alsaciens et Lorrains, parlementaires et conseillers, militants et universitaires… personne ne semble être sur la même ligne. Cette légère divergence de stratégie ne doit pas heurter, chaque protagoniste visant le même objectif, celui du plurilinguisme. Elle se retrouve d’ailleurs dans les deux recours prochainement menés devant le conseil d’Etat, l’un visant spécifiquement la langue allemande et l’autre ciblant l’abrogation des textes susvisés.

Parallèlement à tout cela, est recontacté Daniel Hussin, Président du cercle européen Pierre Werner (au Luxembourg), qui se révèle être très vite un allié particulièrement réactif, envoyant nombre de messages d’alerte en direction de ministres luxembourgeois et belges, mais aussi d’autorités de la Grande Région. L’association Alsace + Moselle (présidée par Bernard Stoessel) et le conseil de développement du Pays de Sarreguemines Bitche (présidé par moi-même) décident à leur tour de lancer une tribune en collectant, en quelques jours seulement, les signatures d’au moins une centaine d’élus. Grâce à l’efficacité de Philippe Mouraux et d’Olivier Poinsignon, le défi est vite relevé. Une semaine plus tard, la liste des pétitionnaires comptent 188 personnalités, dont 137 élu.es politiques français.e.s et 24 élu.e.s allemand.e.s. Ce dernier point mérite d’ailleurs une attention particulière. Comme l’explique une voix venue de Freiburg (proche de Richard Weiss, président fondateur des écoles A.B.C.M. Zweisprachigkeit), jamais les Allemands ne s’ingèrent dans les affaires de la France ; il y va tout simplement des relations diplomatiques entre les deux pays. En revanche, et Daniel Weiss apporte l’éclaircissement, nos voisins peuvent agir dès lors qu’ils ont intérêt à agir. Or, dans la situation présente, sont bien directement concernés les territoires transfrontaliers que sont la grande région SaarLorLux, la collectivité européenne d’Alsace et bien entendu, les cinq eurodistricts suivants : trinational de Bâle, Strasbourg-Ortenau, Freibourg-Alsace, Regio-Pamina et SaarMoselle. Les médias luxembourgeois et allemands n’hésitent d’ailleurs plus à s’emparer du dossier, les derniers articles en date étant parus dans le Saarbrücker Zeitung suite à une initiative de Léon Dietsch, Président de Culture et Bilinguisme de Lorraine.

 

Et comme « tout est cycle », mon récit finit là où il a commencé : la conférence des Présidents d’Université est enfin parvenue à prendre position contre la certification obligatoire en anglais.

 

Florence SORIANO-GAFIUK

Présidente du conseil de Développement du Pays de Sarreguemines Bitche

 

Documents joints : https://non-certification-en-anglais.webnode.fr/

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