[Français] [Deutsch] 

Recours en référé devant le Tribunal administratif contre la suppression de l'enseignement bilingue paritaire à l'école élémentaire publique de la Blies à Sarreguemines


Ouvertes en septembre 2002 par l'Éducation nationale, en réaction à l'ouverture des classes bilingues associatives d'ABCM-Zweisprachigkeit, les classes bilingues paritaires de l'école élémentaire publique de la Blies (13h en français/13 h en allemand) ont fait long feu. Cette situation est imputable à l'administration scolaire dont la gestion est dénoncée par les associations ABIFA57 et Culture et Bilinguisme de Lorraine - Zweisprachig, unsere Zukunft.

L'enseignement bilingue paritaire français-allemand a disparu, à tous les niveaux, à l'école élémentaire publique de la Blies au cours de l'année scolaire 2007/2008. Grâce à l'action d'ABIFA57, qui regroupe des parents d'élèves, la parité horaire fut rétablie à la fin du premier trimestre pour l'ensemble des classes concernées. Le 3 janvier 2008, l'Inspecteur d'académie indiquait toutefois qu'il s'agissait d'une mesure provisoire. En dépit des interventions du député-maire de Sarreguemines Céleste LETT auprès de l'Inspecteur d'académie et de Xavier DARCOS, alors ministre de l'éducation, de la rencontre entre ABIFA57 et un conseiller de M. DARCOS  (13 février 2008), l'école élémentaire de la Blies ne proposait plus que des cursus dit biculturels (6h par semaine), à la rentrée 2008/2009. Deux heures supplémentaires furent octroyées aux élèves du cursus «paritaires» au dernier trimestre. Malgré les récentes démarches d'ABIFA57 (courriers à l'inspecteur, rencontre avec une conseillère de la ministre sarroise de l'éducation), et celles de M. LETT (entretien au ministère avec l'Inspecteur d'académie en avril 2009), la parité horaire ne sera pas rétablie à la rentrée 2009/2010. Les enseignants seuls seront habilités à diriger les élèves vers des cursus de 6 ou de 10 heures d'allemand/en allemand. On retire ainsi à des élèves habitant une ville frontalière de l'Allemagne la chance de devenir bilingues en fin de scolarité.

Il n'existe pourtant aucune décision administrative de fermeture de ces classes. La décision d'orienter les élèves ayant commencé un cursus bilingue paritaire vers des cursus «biculturels» est illégale et porte atteinte à la continuité de l'enseignement. Celle-ci doit exister non seulement entre les cycles mais également au sein d'un cycle. ABIFA57 et le Comite Fédéral pour la Langue Régionale d'Alsace et de Moselle, dont Culture et Bilinguisme de Lorraine - Zweisprachig, unsere Zukunft et ABIFA 57 sont membres, ont introduit le 13 août dernier un recours en référé devant le Tribunal administratif de Strasbourg.

L'Académie de Nancy-Metz n'a aucune volonté de mettre en œuvre en Moselle l'arrêté du ministre de l'Éducation nationale du 12 mai 2003 qui permet la mise en place, dans les régions françaises concernées, d'un enseignement bilingue en langue régionale à parité horaire. Depuis 7 ans, un seul poste de professeur des écoles de langue régionale est mis au concours chaque année (contre, actuellement, au moins 50 postes par an chez nos voisins alsaciens). L'Inspection d'académie invoque l'absence de professeurs habilités à enseigner diverses matières en allemand pour expliquer la suppression de la parité horaire; c'est pourtant sa propre gestion qui est à l'origine de cette pénurie. En se référant à un dispositif national d'enseignement de l'allemand applicable à des régions non germanophones dans un courrier à ABIFA57, l'Inspecteur méconnaît la spécificité linguistique de la région. L'allemand standard fait partie en Moselle germanophone de la langue régionale depuis le 16ème siècle. Il est la langue de référence des dialectes qui y sont pratiqués (à l'exception du luxembourgeois), comme le rappellent plusieurs textes administratifs applicables à l'enseignement de l'allemand en Moselle: «L'allemand présente, du point de vue éducatif, la triple vertu d'être à la fois l'expression écrite et la langue de référence des dialectes régionaux, la langue des pays les plus voisins et une grande langue de diffusion européenne et internationale».

Outre le fait d'être une composante de la langue régionale de notre région, l'allemand a une importance primordiale pour l'économie de la Lorraine qui est tributaire de celles de ses voisins allemands et luxembourgeois (26 000 frontaliers vers l'Allemagne et plus de 90 000 vers le Luxembourg) et des investissements de pays germanophones. On ne saurait se contenter en Lorraine de modalités d'enseignement de l'allemand en vigueur au plan national sans mettre en péril l'équilibre économique et l'avenir de la région. Le travail frontalier évite une augmentation du chômage et les travailleurs frontaliers contribuent à l'économie de la région en y dépensant leurs revenus. La baisse des compétences linguistiques en dialecte et en allemand standard est en train de faire disparaître cet atout: en Allemagne, les frontaliers non bilingues n'ont aucune chance et au Luxembourg, les frontaliers français sont en concurrence avec des frontaliers allemands et belges qui maîtrisent davantage l'ensemble des langues du Grand Duché.

Si la généralisation de l'enseignement bilingue paritaire a un coût, il est sans commune mesure avec le coup financier et humain d'une augmentation du chômage induite par la disparition d'une partie des flux de travailleurs frontaliers vers les pays voisins et la baisse des investissements allemands et suisses en Lorraine. Nos élus devraient s'en souvenir. Ils devront gérer cette casse sociale.                   



Site web créé avec Lauyan TOWebCliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : samedi 17 juillet 2010